Le rapport confidentiel qui met le ministère du Travail face à ses responsabilités.
La cellule investigation de Radio France a révélé, ce jeudi 23 avril, un rapport confidentiel mettant en lumière la dégradation des conditions d’exercice des agents de l’inspection du travail. La surcharge d’activité, le manque de ressources humaines et la perte de reconnaissance professionnelle conduisent certains inspecteurs à des tentatives de suicide, voire des suicides.
L’expertise a été demandée par les organisations syndicales du ministère du Travail en septembre 2022. Une requête suite à l’inquiétude sur la multiplication des arrêts maladies et les postes non pourvus. Ce jeudi 23 avril, Radio France a révélé le contenu du rapport produit par le cabinet Aptéis, qui porte sur les risques psychosociaux chez les agents du ministère du Travail.
Cette analyse, basé sur des enquêtes du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du ministère du Travail, des rapports de la Cour des comptes, ainsi que sur 85 entretiens collectifs et individuels, pointe du doigt une grave souffrance au travail des agents. La baisse des effectifs sur la période 2015-2021 est en grande partie responsable de cette souffrance, l’inspection du travail ayant été « le principal contributeur aux économies d’emploi » d’après le rapport.
Des agents seuls face à la détresse humaine et au manque de soutien
740 postes auraient été perdus, soit 16 % des effectifs, avec pour conséquences une surcharge de travail, des troubles du sommeil, des burn-out et du stress, d’après les témoignages. Le rapport relève également une vingtaine d’alertes pour danger grave et imminent, tentatives de suicide et suicides d’agents entre 2018 et 2023.
Deux enquêtes du CHSCT en 2022 après des suicides d’agents révèlent la confrontation d’un agent à de la souffrance humaine et « une problématique de manque de soutien post-incident suite à des confrontations avec des employeurs », révélateurs d’une souffrance au travail.
Les entretiens avec les agents révèlent également des cas de violence et des conflits avec des employeurs contrôlés. Les contrôles des entreprises agricoles sont particulièrement sensibles, comme lorsque des sangliers pendus ont été retrouvés devant les locaux de l’inspection du travail, dans le Lot-et-Garonne et en Dordogne en 2024.
Ou encore le cas de Sophie Pérennes, dont le pneu de voiture a été déboulonné lors du contrôle d’une serre de tomates dans les côtes d’armer, en 2015. Les inspecteurs du travail regrettent le manque de soutien des responsables politiques qui manifesteraient un certain laxisme envers le monde agricole.
Des effectifs insuffisants face à des missions toujours plus lourdes
En plus de la surcharge de travail et des problèmes de violence, le rapport pointe une perte de valeur des agents, confrontés à une culture du chiffre délétère. Les inspecteurs du travail se retrouveraient avec la responsabilité de 10 000 salariés, parfois le double dans certains cas, comme à Roissy où le ratio serait d’un inspecteur pour 19 000 salariés du fait de l’ampleur de la plateforme aéroportuaire.
Le cabinet estime que cette culture du chiffre est l’un des facteurs de souffrance et de perte de sens du travail des agents. L’expertise du cabinet conclut « qu’il est impératif de mettre un terme aux suppressions de postes engagées » et qu’il faut « donner la possibilité aux directions de recruter à hauteur des besoins identifiés ».
Le Premier ministre, à l’inverse, a annoncé le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois à partir de 2027, faisant craindre l’aggravation des conditions de travail des agents publics.
